27 août 2012

Et si nous vivions avec plusieurs monnaies ?

La zone euro traverse aujourd'hui une crise de la dette, ce qui n'aura pas échappé à la plupart des gens. Au milieu de cette crise, de vieilles idées comme les monnaies libres refont leur apparition. Je n'épiloguerai pas des heures sur l'arnaque que celles-ci représentent, ni sur l'utilité qu'elles arrivent à montrer, mais tout simplement utiliser ce que l'idée a de meilleur à nous offrir. Surtout qu'entre les partisans du plus d'Europe et ceux de l'abandon de l'euro...

Prenons l'exemple de la Grèce (en tant qu' "homme malade" de la zone), cette dernière pratique, à coup de coupes budgétaires et de baisses de salaire, une fausse dévaluation de sa monnaie encouragée par la troïka. Or cette solution ne se suffit pas à elle même, pour la raison que je vais vous présenter, mais pour commencer je vais vous présenter la notion d' "équivalent carotte" (on peut en fait choisir n'importe quel bien, j'encourage à choisir de la nourriture par contre mais ce n'est qu'un point de vue personnel). L'idée est très simple: la monnaie en elle-même n'a aucune valeur intrinsèque: ce qui compte c'est l' "équivalent carotte" qu'elle représente; et pour l'obtenir, prenez votre somme monétaire et déterminez le nombre de carottes que vous pouvez acheter avec (négliger les notions d'achat en gros par contre; ça a l'air proche du pouvoir d'achat mais il subsiste des différences importantes). Revenons maintenant à la Grèce, la fausse dévaluation qu'elle effectue a bien pour effet de baisser le pouvoir d'achat de sa population (l' "équivalent carotte" de leur salaire pour ce qui m'intéresse vraiment), mais en revanche une différence notable persiste par rapport à une vraie dévaluation dont elle est empêchée par l'usage de l'euro: Sa dette en euro ne change pas du tout en "équivalent carotte" par ce biais alors qu'elle baisserait avec une vraie dévaluation (et par conséquent allégerait ses difficultés).

D'un autre côté, les pays du "nord (de l'Europe)", traumatisés par des inflations trop fortes ne veulent surtout pas changer les statuts de la BCE et par ce biais empêchent la dévaluation de l'euro, tout en prônant la rigueur budgétaire et en refusant de mutualiser les dettes. Ne pas vouloir mutualiser ses dettes avec quelqu'un tendant à être interdit bancaire étant facilement compréhensible, et, moyennant une certaine ouverture d'esprit, pouvant aussi comprendre leur réticence à dévaluer l'euro, il ne nous reste qu'à poursuivre ce dialogue de sourd d'intérêts contraires entre les nations. Ou peut-être trouver une idée par-ci par-là... Alors pourquoi vous ai-je parlé des monnaies libres ? Tout simplement parce qu'elles prouvent que l'on peut voir plusieurs monnaies se côtoyer dans une même région géographique (et comme je l'ai mentionné elles arrivent même à avoir une utilité, il serait alors bête de s'en priver), l'idée n'est alors pas de créer une monnaie libre mais de faire coexister une monnaie nationale avec l'euro. Si vous interdisez dès lors aux états d'emprunter en euro, vous écartez définitivement les risques de mutualisation de la dette et ne touchez pas au sacro-saint statuts de la BCE pour satisfaire nos voisins du "nord" (accessoirement vous baissez le risque sur la zone au passage). En revanche, cette monnaie nationale (et du coup pas vraiment libre) permettrait localement à chaque état de pratiquer une véritable dévaluation (avec l'effet en "équivalent carotte" de sa dette), ce qui aiderait la Grèce mais aussi sûrement l'Italie et l'Espagne. L'effet est encore plus flagrant si les états rachètent immédiatement leur dette déjà existante à l'aide de cette nouvelle monnaie (baisse immédiate des taux d'emprunt, et conversion de la dette existante en dette "dévaluable")

Cette idée ne résoudrait pas tout, mais permettrait de gagner du temps et d'apporter une bouffée d'oxygène aux pays en difficulté et à la zone euro; sans parler des détails à peaufiner comme la part de salaire désormais en euro et en cette nouvelle monnaie nationale (doit-elle être fixée par l'état, celui ci peut-il alors la faire varier ... ?), et la gestion plus généralement de ces deux monnaies (on peut aussi envisager de verser les salaires en monnaie nationale, automatiquement transformés en euros auprès des banques, les possibilités sont pour l'instant infinies). Mais ce temps doit être mis à profit pour abandonner l'euro, ou bien tendre vers l'intégration budgétaire qui aurait dû l'accompagner. Je suis sûr qu'à moyen terme cela aiderait à sortir de cette crise, mais cela reste une solution à moyen terme, cet état bâtard ne devant pas durer (en revanche il est envisageable de l'appliquer à ceux désirant entrer dans la zone euro ensuite).

En conclusion, il s'agit d'une idée dont les détails restent à mettre au point, mais elle a le mérite de servir les intérêts de tous les état-membres de la zone, et surtout de permettre les conciliations sur les intérêts contraires, en ces temps ou l'on attend surtout des décisions qui peinent à être prises, ce petit pas en arrière présente de nombreux avantages pour gagner du temps et ainsi permettre une vraie discussion dans le calme et définir une politique à long terme de la zone.

Posté par Marxatis à 10:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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